Le coeur démoli, je descends le Boulevard. Jours de pluie et de tristesse. Malgré les illuminations de Noël qu'on installe déjà dans les rues. J'y meurs, j'y étouffe. L'ignorance me tue. Etrangère a la vie, je me laisse porter par le flux des passants. Pour la première fois, l'énergie de cette ville me détruit. Elle ne me porte pas, elle m'enfonce. Je pense a lui. A celui que j'aime. A cet amour qui a débarqué a l'improviste. Comme par effraction. Sans lui, je ne suis qu'attente. Parce qu'il me fait vivre. Vite, et fort. Un instant, et plus rien n'existe. Je m'étais cru a l'abri des sentiments, de la souffrance. Mais je ne l'étais pas. Nulle part, la moindre trace d'amour sincère ou de bienveillance. C'est plus qu'une intuition, c'est une certitude. Terrible et inattendue. À présent, j'ai peur. Dehors c'est le chaos, il fait froid mais j'avance, je continue. Libre à moi même. Libre. Liberté. Belle liberté. J'évite les regards, les couples qui s'embrassent. J'espère pouvoir le retrouver mais je ne sais pas où je vais. J'ai mal. Je ne suis plus qu'une forteresse de solitude. Une capitale de douleur. Au fond de ma tête, quelque chose refait surface. Souvenir déjà lointain. Je m'arrête. Soudain, les larmes m'envahissent. Je sens un vide, c'est comme une morsure. Je n'ai plus le gout de rien. Ni même le gout de sa bouche sur mes lèvres. C'est une douche glacée de la vraie vie qui reprend le dessus. Seule. Dans ce cinéma de mes rêves. Je me projette a l'infini la scène de nos retrouvailles..

